mort d'un chat persan
"Un dimanche matin, voyant ouverte la fenêtre du living-room, elle s'élança, calcula mal son élan, et
tomba du septième étage dans le vide.
Aucune blessure n'était visible, sauf une patte qui semblait cassée. Mais les lésions étaient internes.
Pendant vingt-quatre heures, Olympe sembla prostrée. Le lendemain on la porta sur mon lit : elle ne
se plaignait pas, elle semblait dormir. Je pensais naïvement qu'elle allait se rétablir. Mais le
lendemain soir, en lui caressant la tête, je perçu comme des craquements. Son poil semblait terne et
collé.
Olympe, pauvre innocente, qui paye pour l'absurdité du monde, pauvre chérie qui n'a rien connu de la
vie, morte vierge et aussi stupide que cela paraisse à dire morte sans péché, je ne puis croire que
le souffle qui t'animait, que ton âme ait disparu à jamais. S'il y a une autre vie il est impossible que ce
ne soit pas toi, d'abords, que j'y retrouve, parce que je t'ai aimée d'une façon plus vraie que bien des
êtres rencontrés ici-bas.
Je me demande pourquoi je n'ai pas pensé, sur le moment, qu'il m'était possible d'emmener le
cadavre d'Olympe, de l'enterrer dans une forêt proche, au pied d'un arbre connu de moi seul, où je
serais venu, par la suite, me recueillir.
Quelques jours après la mort d'Olympe, il me sembla la voir apparaître, tandis que je sommeillais.
Elle avait son aspect des plus beaux jours, avec sa fourrure fraîchement pourléchée, sentant bon la
toilette. Elle avait l'air de sourire et elle me disait: je suis plus heureuse où je suis..
Et j'étais rassuré de la savoir heureuse et libre... Jusqu'au moment où je me suis retrouvé seul, sa
(Gilbert Ganne in Orgueil de la maison 1964)